IAO                                           Université Sorbonne nouvelle                                                      Centre d'étude de l'écriture et de l'image                     

Résumés

Márcia Arbex-Enrico - "Max Ernst : au-delà de l'écriture" 

Max Ernst occupe une position singulière dans l'univers plastique des avant-gardes. Artiste poète, il a fait de la technique du collage un procédé poétique dont la répercussion chez les surréalistes, et bien au-delà, ne peut être ignorée. Il n'est certes pas le seul à avoir introduit dans ses travaux des signes, mots, phrases, titres-poèmes. Mais la façon particulière dont il donne à l'écriture une dimension plastique nous permettra d'interroger les valeurs visuelles qui lui sont attribuées, ainsi que les conditions de lisibilité de l'écriture dans son rapport avec les figures, étant donné que cette mixité est l'un des principes de sa pratique artistique.

Luc Bachelot : "Mutation idéographique de la lettre hébraïque dans l'oeuvre de Maurice Lévy". 

Selon une conception de l’invention de l’écriture très largement répandue, notamment dans le cercle des spécialistes des aires culturelles où sont apparues les premières écritures (la Mésopotamie et l’Egypte ancienne) ces dernières auraient connu une longue dérivation de leurs signes allant d’une représentation plus au moins naturaliste (par exemple les pictogrammes en Mésopotamie) de ce qu’ils notaient à une abstraction croissante au fil des siècles, les caractères alphabétiques étant la manifestation la plus récente de ce processus. Néanmoins, on observe dans la production de nombreux artistes une volonté de faire retrouver aux signes d’écriture actuels un naturalisme perdu au cours de cette longue évolution. Les tableaux, peintures, calligraphies et sculptures à partir de caractères hébraïques de Maurice Lévy (1920-2008) témoignent de ce mouvement. Cette pratique artistique rentre en résonance avec la démarche de différents penseurs ou philosophes (Benjamin, par exemple) préoccupés par les jeux de filtrage, d’infiltration et donc de contamination, voire de fusion, entre ce qu’on appelle la « réalité » et la façon dont nous l’appréhendons et la décrivons. C’est à la prise en compte de ce mouvement « à contre-courant » qu’invitera cette communication.

Hélène Campaignolle : "Une question critique" 

Cette contribution poursuivra deux objectifs différents que nous espérons convergents : en guise d’introduction à la journée, il s’agira d’abord de rappeler brièvement les jalons, formes et enjeux de la question posée à la critique par le phénomène récent des écritures picturales dans l’espace contemporain du tableau occidental. Je me tournerai ensuite vers une théorie spécifique, celle d'Anne-Marie Christin, que l'on sait vouée à l’étude des formes mixtes articulant étroitement écriture et image afin d’interroger la place qu’elle a accordée, dans son oeuvre, à cette question critique. Mon commentaire partira d’un constat surprenant qui me servira de fil conducteur : la théorie d’Anne-Marie Christin résiste au phénomène des écritures picturales. J’essaierai d’explorer les contours de cette résistance à travers quelques textes et de mieux comprendre comment elle a abordé in fine cet objet paradoxal.

Marie Laureillard et Li Xiaohong : Les « graphimages » de Wu Hua (1959-2017) et de quelques autres peintres chinois : signes, symboles, ou pseudocalligraphie ? 

L’art des « graphimages » (shuxiang 书象) naît en Chine dans les années 1980. Il s’agit d’imprimer un nouvel élan à l’art d’écrire en l’inscrivant dans l’art contemporain mondial par un retour à l’origine des caractères chinois et une remise en cause des dogmes de la calligraphie traditionnelle. Wu Hua吴华 (1959-2017), qui fut soutenu dans ses recherches théoriques et plastiques par Anne-Marie Christin, en est un éminent représentant, aux côtés de Xu Bing, Gu Wenda, Qiu Zhenzhong, Wei Ligang ou An Dong. Quels sont les objectifs de ce courant artistique ? Revenir au pictogramme, mais également développer une expression abstraite et affirmer une identité culturelle en déconstruisant et reconstruisant librement les caractères chinois, en les rendant opaques ou inintelligibles, voire en les réinventant, bref en repensant la sinographie, réputée si pérenne, et son lien aux manifestations plastiques. Cette communication s’attachera à montrer comment Wu Hua, qui inclut dans les « graphimages » les symboles graphiques anciens (comme par exemple les hexagrammes du Yijing ou les talismans taoïstes) aussi bien que la calligraphie traditionnelle, élabore ce qu’il appelle « un art chinois non figuratif » (中国非具象艺术 zhongguo fei juxiang yishu), dont on peut se demander s’il s’agit de signes, de symboles, de pseudographies ou encore de métagraphies. 

Laurence de Looze : "L'écriture asémique"

Depuis un certain temps l’écriture dite « asémique » (donc littéralement « sans signes ») est en vogue parmi certains artistes. Si les définitions de ce phénomène pullulent, cela n’empêche pas qu’une idée claire de ce que c’est nous échappe toujours. S’agit-il d’une question de création ? Ou bien de réception ? Peut-être que le nom est tout simplement mal choisi ? Comment l’écriture pourrait-elle être dépourvue de signes ? Dans cette communication nous abordons ces questions dans l’espoir d’ouvrir un débat sur les modalités de l’écriture asémique.

S-Ptak-Intervention

Sylvia Ptak : "Intervention : Sallust. Works, 1495", 2004.

 

Christine Vial Kayser : "Chifoumi : stylo, papier, eau/ eau, papier, stylo"

Le hasard des rencontres d’œuvres me conduit à interroger de possibles rapports poétiques et sémantiques entre trois œuvres contemporaines sans lien apparent : la performance filmée La Pluie du Belge Marcel Broodthaers, de 1969 ; l’œuvre Measures of distance (1988) de l'artiste palestinienne Mona Hatoum et Writing the Orchid Pavilion preface a thousand times du chinois Qiu Zhijie (1990-1995). Les trois œuvres mettent en scène l'écriture et son effacement par l'eau : eau de pluie, eau de douche, eau chargée d'encre du calligraphe. Elles semblent témoigner du passage du temps, de l'effacement des mots et avec eux effacement des relations entre personnes mais aussi réintégration des mots et des personnes dans le flux des choses, par le geste artistique parce que cet effacement même est fixé par la caméra, le papier photographique. Comme le jeu de main "chimoumi" (probablement d'origine chinoise) témoigne du rôle du hasard dans la domination d'un motif par un autre et, par sa circularité, du caractère profondément impermanent des êtres et des choses, cette contribution suggère que la poésie de l'impermanence, pensée par Qiu Zhijie comme inhérente à la pensée chinoise, est universelle.

 

Résumés des présentations des artistes invités

Catherine Denis

Cheval

Voir-entendre

Il me faut voir, et faire voir.

Au piano, je faisais entendre des sons, mais j'ai très tôt été attirée par le silence qui porte les notes.

Au pinceau, je fais apparaître des traits, et j'ai été très vite attirée par le vide qui les borde ou les sépare, et les font exister.
Partie d'un vécu quotidien de la musique durant ma jeunesse, je reviens plus que jamais à la musique pour une création où elle est partie intégrante de l'oeuvre, où elle peut réellement se faire entendre. Elle était déjà très présente dans mes Partitions Calligraphiques, mais seulement par analogie. Dans les Univers-sceau et Les Sonorités Calligraphiques, il s'agit pour moi de faire entendre musicalement ce que je perçois des traits et des espaces nouveaux créés par la transparence due à l'humidité des papiers que j'encolle. Les compositrices Florentine Mulsant et Xu Yi ont accueilli ma démarche en me laissant utiliser une de leurs compositions, Vocalise de F. Mulsant (pour Intérieur I) et Zhi Yin 知音 (« l'ami intime ») de Xu Yi (pour Intérieur II). Pour les Univers-sceau, je présenterai ma propre création sonore, en collaboration avec Antoine Pinçon.


A Rennes, le 15 janvier 2020

 

 

Myriam El Haïk 

M-El-Haïk

Myriam El Haïk (1973, Rabat) est une artiste franco-marocaine, plasticienne, compositrice et performeuse. 

Son langage repose sur la répétition de signes, de motifs et d’actions simples, inspirés par sa double culture, arabo-berbère et européenne.

Son travail se concentre sur les liens entre musique et arts visuels et développe des systèmes de notations à partir de pièces musicales -répétitives et minimalistes- que l’artiste compose.

Si l’acte d'écriture et comment celui-ci engage, organise et conditionne le corps est le fil rouge de son travail, c’est aussi le jeu qui est au cœur de sa démarche. Car Myriam El Haïk aime jouer. Et c’est précisément avec la contrainte des règles qu’elle se fixe que ses œuvres s’inventent. Pour l’artiste, l’écriture est un jeu, les arts plastiques et la musique, aussi. Un jeu basé sur la répétition et la combinatoire, que l’on retrouve dans l’ensemble de son oeuvre et même dans sa façon de mettre en scène les différents médiums qu’elle explore.

Ainsi, à partir d’un élément simple, El Haïk parvient à composer des formes polyrythmiques aussi complexes que minimalistes et à construire un langage pluridisciplinaire étonnamment cohérent.

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